J’ai goûté le : Red Jade BlackTea de Chef Liao Mayor (Yuchi Township / Sun Moon Lake 日月潭, Taïwan)

Chers lecteurs de Melt & Co,

Ayant pour habitude de parler de vins, cette semaine j’ai décidé de varier les plaisirs en changeant exceptionnellement de registre puisque j’ai décidé de vous parler de thé… Même de dégustation de thé. Avant toute chose, il faut savoir qu’avant de me lancer dans le milieu professionnel du vin,  j’étais dès mon plus jeune âge un grand amateur de thés, et d’ailleurs à ce sujet j’ai toujours eu une énorme difficulté à apprécier pleinement le café, alors que le thé, lui, a toujours su très largement dompter mon palais. Donc exceptionnellement cette fois-ci nous passons du vin au thé, finalement le changement ne s’avère pas des plus importants puisqu’entre la dégustation du thé et celle du vin il n’y a qu’un pas.

C’était il y a quelques années, durant mon périple asiatique (qui ne s’avéra pas si périlleux que ça), que je me suis lancé à la découverte de la petite île de Taïwan, ou couramment appelée Formose, logée entre la mer de Chine méridionale et l’océan pacifique. C’est sur celle-ci, que j’ai finalement décidé de faire escale pendant près de 5 ans. Au cours de cette longue aventure, j’ai eu certes la chance de rencontrer des personnes fabuleuses, et j’ai pu y découvrir pléthores de lieux enchanteurs, mais également certains qui l’étaient malheureusement un peu moins… C’est donc durant l’une de mes plus belles expéditions que j’ai découvert le cadre féérique qu’offre le très nivelé et montagneux secteur de Nantou avec son célèbre Sun Moon Lake 日月潭 (traduisez en français par Lac du Soleil et de la Lune), et qui s’avère être aussi l’une des régions les plus propices à la culture du thé en altitude de l’île.

Je vous parlais de cadres enchanteurs, je vous laisse juger par vous-même avec ce panorama du mont金龍山 (Jin Long Shan) qui surplombe le comté de Nantou.

Quelques mots sur le terroir sélectionné :

Le comté de Nantou  est le deuxième plus grand de l’île subtropicale avec 4 106 km², mais paradoxalement c’est aussi le seul qui ne possède aucun accès à l’océan. Il couvre une très large partie du centre montagneux de l’île et en fait une région très intéressante pour la production de thé en altitude. On y comptabilise de nombreux sommets dont certains peuvent atteindre les 3000 mètres d’altitude, et sont l’exemple de l’aptitude de ces sols pour la production de thé de qualité, comme cela est le cas pour le « He Huan Shan Oolong ». Son secteur montagneux en fait également une destination touristique idéale et à la renommée internationale, malheureusement assez méconnu en France.

La culture des thés noirs a été introduite dans le canton de Yuchi vers le milieu des années 1920. Sur ses sols subtropicaux qui offrent richesse et puissance, un hybride d’Assam noir et d’arbustes sauvages a commencé à être cultivé dans les forêts de Formose. Bien que la majorité de la production était initialement destinée à l’exportation, la qualité des thés a très rapidement gagné en notoriété dans les pays amateurs de cette boisson. Comme par exemple à Londres, ou bien entendu au Japon où une part de la production servait de tribut pour l’empereur nippon. Néanmoins malgré sa renommée, cet engouement finira par s’essouffler et il faudra attendre l’année 2002 pour voir enfin la résurrection et la réhabilitation de ce terroir suite à une immense restructuration sur le plan des marchés du thé.

Des hauteurs du Wen Wu temple 文武廟 (temple dédiée à la connaissance et aux arts martiaux) on découvre une vue resplendissante plongeant sur le lac.

Il est bon de savoir que la culture du thé se fait exclusivement sur un sol en pente, qui se draine naturellement, car le théier ne supporte pas l’eau stagnante. C’est pourquoi il s’adapte parfaitement à des conditions extrêmes de déclivité et aux  reliefs montagneux les plus raides. L’avantage de la culture du thé en altitude se situe sur le fait qu’à partir d’une certaine hauteur les feuilles de thé sont moins sujettes aux agressions extérieures, ce qui rend l’utilisation de pesticides relativement moins abondantes. Elle favorise aussi la qualité mais au détriment du rendement, comme c’est également le cas pour le raisin et implique quasi obligatoirement la cueillette manuelle qui peut parfois s’avérer laborieuse.

On retrouve une groupe d’employés agricole dans la tenue traditionnelle, dont le classique couvre-chef. 

Le choix du thé : le Red Jade BlackTea de Chef Liao Mayor (Yuchi Township, Taïwan)

Avant toute chose pour bien déguster un thé, il faut suivre certains préparatifs, suite aux instructions du vendeur  j’ai opté pour ma part à :

  • Un dosage de 3 grammes.
  • Une eau frémissante à environ 90° – 100°.
  • Une infusion de 3 minutes à 4 minutes.

Ayant fait l’acquisition de mon set en porcelaine japonaise, me voilà fin-prêt pour une dégustation d’un grand classique taïwanais.

Avant l’infusion les feuilles se présentent visuellement d’un noir jais brillant parsemé de nuances légèrement violettes. Celles-ci s’avèrent finement entrelacées et craquantes.
Après une infusion de 4 minutes, je décide de servir la liqueur de thé. La robe est limpide et brillante, de couleur ambrée avec de fines nuances vertes et cuivrées.

Le nez est légèrement épicé et agréable, on découvre de prime abord de fines notes de clou de girofle, de réglisse et de cannelle. Très surprenant il dévoile également une fraîcheur flagrante avec des notes allant de la feuille de menthe jusqu’à l’eucalyptus.

En bouche, la liqueur de thé est agréable, ample et d’une intensité relativement modérée. Possédant un panel aromatique relativement large, on découvre des notes fines de caramel, de cacao ainsi que le fruité de l’écorce d’agrume. La finale s’avère comme le nez, c’est à dire mentholée et pleine de fraîcheur. Bonne longueur aromatique. Les feuilles peuvent être réutilisées une seconde fois compte tenu de l’intensité somme toute modérée.

Après utilisation les feuilles virent vers un marron assez clair, on retrouve des feuilles entières, non cassées, d’une qualité exemplaire.

Pour conclure, même s’il est vrai que Taïwan est très réputé pour ses différentes variétés de Oolong et de thés verts. Le Red Jade Tea apparait comme une véritable surprise surtout si on prend en compte la difficulté de trouver un thé noir traditionnel en provenance de l’île. J’aime tout particulièrement ses arômes mentholés très caractéristiques qui lui apportent une fraîcheur incomparable, alors que les thés noirs classiques ont parfois cette fâcheuse tendance à être trop terreux voire métalliques. À environ 10 € les 75 grammes, c’est un thé à découvrir pour tout amateur de thé qui se respecte.

Découvrez les différentes gammes du producteur ici.

C’était Frédéric pour Melt&Co, un grand merci pour votre lecture. N’oubliez pas de partager nos articles.

Après plusieurs années d'études vitivinicole, et plusieurs expériences professionelles notamment dans la rayonnante Collioure, je vous invite à découvrir à travers mes articles, la richesse et la complexité des vins du terroir catalan. À déguster sans modération.

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